Et ce n'est certes qu'une sauvage et triste superstition qui interdit de prendre du plaisir. Car, en quoi convient-il mieux d'apaiser la faim et la soif que de chasser la mlancolie ? Tels sont mon argument et ma conviction.             
  Aucune divinit, ni personne d'autre que l'envieux ne prend plaisir  mon impuissance et  ma peine et ne nous tient pour vertu les larmes, les sanglots, la crainte, etc., qui sont signes d'une me impuissante. Au contraire, plus nous sommes affects d'une plus grande joie, plus nous passons  une perfection plus grande, c'est--dire qu'il est d'autant plus ncessaire que nous participions de la nature divine. C'est pourquoi, user des choses et y prendre plaisir autant qu'il se peut (non certes jusqu'au dgot, car ce n'est plus y prendre plaisir) est d'un homme sage. C'est d'un homme sage, dis-je, de se rconforter et de rparer ses forces grce  une nourriture et des boissons agrables prises avec modration, et aussi grce aux parfums, au charme des plantes verdoyantes, de la parure de la musique, des jeux de gymnase, des spectacles, etc., dont chacun peut user sans faire tort  autrui. Le corps humain, en effet est compos d'un trs grand nombre de parties de nature diffrente, qui ont continuellement besoin d'une alimentation nouvelle et varie, afin que le corps dans sa totalit soit galement apte  tout ce qui peut suivre de sa nature [...]. C'est pourquoi cette ordonnance de la vie est parfaitement d'accord et avec nos principes et avec la pratique commune.
SPINOZA


