 Plus on prendra de soin pour ravir aux hommes la libert de la parole, plus obstinment ils rsisteront, non pas les avides, les flatteurs et les autres hommes sans force morale, pour qui le salut suprme consiste  contempler des cus dans une cassette et  avoir le ventre trop rempli, mais ceux  qui une bonne ducation, la puret des moeurs et la vertu donnent un peu de libert. Les hommes sont ainsi faits qu'ils ne supportent rien plus malaisment que de voir les opinions qu'ils croient vraies tenues pour criminelles (...) ; par o il arrive qu'ils en viennent  dtester les lois,  tout oser contre les magistrats,  juger non pas honteux, mais trs beau, d'mouvoir des sditions[1] pour une telle cause et de tenter n'importe quelle entreprise violente. Puis donc que[2] telle est la nature humaine, il est vident que les lois concernant les opinions menacent non les criminels, mais les hommes de caractre indpendant, qu'elles sont faites moins pour contenir[3] les mchants que pour irriter les plus honntes, et qu'elles ne peuvent tre maintenues en consquence sans grand danger pour lEtat. 
SPINOZA

[1] - Emouvoir des sditions : susciter des rvoltes.

[2] - Puis donc que : Puisque donc.

[3] - Contenir : contrler.

