 Comme un coursier indompt hrisse ses crins, frappe la terre du pied et se dbat imptueusement  la seule approche du mors, tandis qu'un cheval dress souffre patiemment la verge et l'peron, l'homme barbare ne plie point sa tte au joug que l'homme civilis porte sans murmure, et il prfre la plus orageuse libert  un assujettissement tranquille. Ce n'est donc pas par l'avilissement des peuples asservis qu'il faut juger des dispositions naturelles de l'homme pour ou contre la servitude, mais par les prodiges qu'ont faits tous les peuples libres pour se garantir de l'oppression. Je sais que les premiers ne font que vanter sans cesse la paix et le repos dont ils jouissent dans leurs fers et que miserrimam servitutem pacem appellant[1], mais quand je vois les autres sacrifier les plaisirs, le repos, la richesse, la puissance et la vie mme la conservation de ce seul bien si ddaign de ceux qui l'ont perdu ; quand je vois des animaux ns libres et abhorrant la captivit se briser la tte contre les barreaux de leur prison, quand je vois des multitudes de sauvages tout nus mpriser les volupts europennes et braver la faim, le feu, le fer et la mort pour ne conserver que leur indpendance, je sens que ce n'est pas  des esclaves qu'il appartient de raisonner de libert.
ROUSSEAU

[1] -  Ils nomment paix le plus grand esclavage .


