Celui qui n'a jamais rflchi ne peut tre ni clment, ni juste, ni pitoyable[1], il ne peut pas non plus tre mchant et vindicatif. Celui qui n'imagine rien ne sent que lui-mme ; il est seul au milieu du genre humain.   
  La rflexion nat des ides compares, et c'est la pluralit des ides qui porte  les comparer. Celui qui ne voit qu'un seul objet n'a point de comparaison  faire. Celui qui n'en voit qu'un petit nombre, et toujours les mmes ds son enfance, ne les compare point encore, parce que l'habitude de les voir lui te l'attention ncessaire pour les examiner : mais  mesure qu'un objet nouveau nous frappe, nous voulons le connatre ; dans ceux qui nous sont connus, nous lui cherchons des rapports. C'est ainsi que nous apprenons  considrer ce qui est sous nos yeux, et que ce qui nous est tranger nous porte  l'examen de ce qui nous touche.
ROUSSEAU

[1] - Pitoyable : capable de piti.

