 Un des grands vices de l'Histoire est qu'elle peint beaucoup plus les hommes par leurs mauvais cts que par les bons ; comme elle n'est intressante que par les rvolutions, les catastrophes, tant qu'un peuple crot et prospre dans le calme d'un paisible gouvernement, elle n'en dit rien ; elle ne commence  en parler que quand, ne pouvant plus se suffire  lui-mme, il prend part aux affaires de ses voisins, ou les laisse prendre part aux siennes ; elle ne l'illustre que quand il est dj sur son dclin : toutes nos histoires commencent o elles devraient finir. Nous avons fort exactement celle des peuples qui se dtruisent ; ce qui nous manque est celle des peuples qui se multiplient ; ils sont assez heureux et assez sages pour qu'elle n'ait rien  dire d'eux : et en effet nous voyons, mme de nos jours, que les gouvernements qui se conduisent le mieux sont ceux dont on parle le moins. Nous ne savons donc que le mal ;  peine le bien fait-il poque. Il n'y a que les mchants de clbres, les bons sont oublis ou tourns en ridicule : et voil comment l'Histoire, ainsi que la philosophie, calomnie sans cesse le genre humain. 
ROUSSEAU

