Il ne serait pas raisonnable de croire que les peuples se sont d'abord jets entre les bras d'un matre absolu sans conditions et sans retour, et que le premier moyen de pourvoir  la sret commune qu'aient imagin des hommes fiers et indompts, a t de se prcipiter dans l'esclavage. En effet, pourquoi se sont-ils donn des suprieurs, si ce n'est pour les dfendre contre l'oppression et protger leurs biens, leurs liberts et leurs vies, qui sont, pour ainsi dire, les lments constitutifs de leur tre ? Or, dans les relations d'homme homme, le pis qui puisse arriver  l'un tant de se voir  la discrtion de l'autre, neut-il pas t contre le bon sens de commencer par se dpouiller entre les mains d'un chef des seules choses pour la conservation desquelles ils avaient besoin de son secours ? Quel quivalent eut-il pu leur offrir pour la concession d'un si beau droit et s'il et os l'exiger sous le prtexte de les dfendre, neut-il pas aussitt reu la rponse... : Que nous fera de plus l'ennemi  ? Il est donc incontestable, et c'est la maxime fondamentale de tout le droit politique, que les peuples se sont donn des chefs pour dfendre leur libert et non pour les asservir. Si nous avons un prince, disait Pline  Trajan[1] , c'est afin qu'il nous prserve d'avoir un matre.
ROUSSEAU

[1] - Trajan : Empereur romain.
