 - Maintenant considre ceci. Quel but se propose la peinture relativement  chaque objet ? est-ce de reprsenter ce qui est tel quil est, ou ce qui parat tel quil parat ; est-ce limitation de lapparence ou de la ralit ? 
  - De l'apparence, dit-il.   
  - L'art d'imiter est donc bien loign du vrai, et, s'il peut tout excuter, c'est, semble-t-il, qu'il ne touche qu'une petite partie de chaque chose, et cette partie n'est qu'un fantme. Nous pouvons dire par exemple que le peintre nous peindra un cordonnier, un charpentier ou tout autre artisan sans connatre le mtier d'aucun d'eux ; il n'en fera pas moins, s'il est bon peintre, illusion aux enfants et aux ignorants, en peignant un charpentier et en le montrant de loin, parce qu'il lui aura donn l'apparence d'un charpentier vritable.   
  - Assurment.         
  - Mais voici, mon ami, ce qu'il faut, selon moi, penser de tout cela : quand quelqu'un vient nous dire qu'il a rencontr un homme au courant de tous les mtiers et qui connat mieux tous les dtails de chaque art que n'importe quel spcialiste, il faut lui rpondre qu'il est naf et qu'il est tomb sans doute sur un charlatan ou un imitateur qui lui a jet de la poudre aux yeux, et que, sil l'a pris pour un savant universel, c'est qu'il n'est pas capable de distinguer la science, l'ignorance et l'imitation.   
  - Rien de plus vrai, dit-il.
PLATON


