 Les gens de bien ne veulent gouverner ni pour les richesses ni pour les honneurs : ils ne veulent pas tre traits de mercenaires, en exigeant ouvertement le salaire de leur fonction, ni de voleurs en tirant eux-mmes de leur charge des profits secrets. Ils ne sont pas non plus attirs par les honneurs ; car ils ne sont pas ambitieux. Il faut donc qu'une punition les contraigne  prendre part aux affaires ; aussi, risque-t-on,  prendre volontairement le pouvoir, sans attendre la ncessit, d'encourir quelque honte. Or la punition la plus grave, c'est d'tre gouvern par un plus mchant que soi, quand on se refuse  gouverner soi-mme : c'est par crainte de cette punition, ce me semble, que les honntes gens qu'on voit au pouvoir se chargent du gouvernement. Alors ils se mlent aux affaires, non pour leur intrt ni pour leur plaisir; mais par ncessit et parce qu'ils ne peuvent les confier  des hommes plus dignes ou du moins aussi dignes queux-mmes. Supposez un Etat compos de gens de bien : on y ferait sans doute des brigues pour chapper au pouvoir, comme on en fait  prsent pour le saisir, et l'on y verrait bien que rellement le vritable gouvernant n'est point fait pour chercher son propre intrt, mais celui du sujet gouvern; et tout homme sens prfrerait tre l'oblig d'un autre que de se donner la peine d'obliger autrui. 
PLATON


