 Si quelqu'un compose un pome sur les malheurs de Niob, des Plopides, des Troyens[1], ou sur tout autre sujet semblable, il ne faut pas qu'il puisse dire que ces malheurs sont l'oeuvre de Dieu, ou, s'il le dit, il doit en rendre raison peu prs comme, maintenant, nous cherchons  le faire. Il doit dire qu'en cela Dieu n'a rien fait que de juste et de bon, et que ceux qu'il a chtis en ont tir profit ; mais que les hommes punis aient t malheureux, et Dieu l'auteur de leurs maux, nous ne devons pas laisser le pote libre de le dire. Par contre, s'il affirme que les mchants avaient besoin de chtiment, tant malheureux, et que Dieu leur fit du bien en les punissant, nous devons le laisser libre. Ds lors, si l'on prtend que Dieu, qui est bon, est la cause des malheurs de quelqu'un, nous combattrons de tels propos de toutes nos forces, et nous ne permettrons pas qu'ils soient noncs ou entendus, par les jeunes ou par les vieux, en vers ou en prose, dans une cit qui doit avoir de bonnes lois, parce qu'il serait impie de les mettre, et qu'ils ne sont ni  notre avantage ni d'accord entre eux... Voil donc la premire rgle et le premier modle auxquels on devra se conformer dans les discours et dans les compositions potiques. Dieu n'est pas la cause de tout, mais seulement du bien.
PLATON

[1] - Comme Job dans la tradition biblique, Niob, les Plopides et les Troyens dans la tradition hellnique sont des figures de lhumanit malheureuse.


