 Dans toutes les matires dont la preuve consiste en expriences et non en dmonstrations, on ne peut faire aucune assertion universelle que par la gnrale numration de toutes les parties ou de tous les cas diffrents. C'est ainsi que, quand nous disons que le diamant est le plus dur de tous les corps, nous entendons de tous les corps que nous connaissons, et nous ne pouvons ni ne devons y comprendre ceux que nous ne connaissons point ; et quand nous disons que l'or est le plus pesant de tous les corps, nous serions tmraire de comprendre dans cette proposition gnrale ceux qui ne sont point encore en notre connaissance, quoiqu'il ne soit pas impossible qu'ils soient en nature.    
  De mme quand les anciens ont assur que la nature ne souffrait point de vide, ils ont compris qu'elle n'en souffrait point dans toutes les expriences qu'ils avaient vues, et ils n'auraient pu sans tmrit y comprendre celles qui n'taient pas en leur connaissance. Que si elles y eussent t, sans doute ils auraient tir les mmes consquences que nous et les auraient par leur aveu autorises  cette antiquit dont on veut faire aujourd'hui l'unique principe des sciences.   
  C'est ainsi que, sans les contredire, nous pouvons affirmer le contraire de ce qu'ils disaient et, quelque force enfin qu'ait cette antiquit, la vrit doit toujours avoir l'avantage, quoique nouvellement dcouverte, puisqu'elle est toujours plus ancienne que toutes les opinions qu'on a eues, et que ce serait ignorer sa nature de s'imaginer qu'elle ait commenc d'tre au temps qu'elle a commenc d'tre connue.
PASCAL


