La mditation a perdu toute sa dignit extrieure ; on a tourn en ridicule le crmonial et l'attitude solennelle de celui qui rflchit ; on ne pourrait plus supporter un sage de la vieille cole. Nous pensons trop vite, et en pleine marche, en chemin, au milieu d'affaires de toutes sortes, mme quand c'est aux choses les plus graves; nous n'avons besoin que de peu de prparation, et mme de peu de silence ; tout se passe comme si nous avions dans la tte une machine qui tournt incessamment et qui poursuivt son travail jusque dans les pires circonstances. Autrefois, quand quelqu'un voulait se mettre penser c'tait une chose exceptionnelle! - on s'en apercevait tout de suite ; on remarquait qu'il voulait devenir plus sage et se prparait  une ide : son visage se composait comme il le fait dans la prire ; l'homme s'arrtait dans sa marche; il demeurait mme immobile pendant des heures dans la rue sur une jambe ou sur les deux, quand l'ide venait. La chose valait alors cette peine.
NIETZSCHE

