 Pour rgle gnrale, toutes les fois qu'on verra tout le monde tranquille dans un Etat qui se donne le nom de rpublique, on peut tre assur que la libert n'y est pas.  
  Ce qu'on appelle union dans un corps politique, est une chose trs quivoque : la vraie est une union d'harmonie, qui fait que toutes les parties, quelque opposes qu'elles nous paraissent, concourent au bien gnral de la socit ; comme des dissonances, dans la musique, concourent  l'accord total. Il peut y avoir de l'union dans un Etat o on ne croit voir que du trouble ; c'est--dire une harmonie d'o rsulte le bonheur, qui seul est la vraie paix. Il en est comme des parties de cet univers, ternellement lies par l'action des unes, et la raction des autres.    
  Mais, dans l'accord du despotisme (...), c'est--dire de tout gouvernement qui n'est pas modr, il y a toujours une division relle. Le laboureur, l'homme de guerre, le ngociant, le magistrat, le noble, ne sont joints que parce que les uns oppriment les autres sans rsistance : et, si l'on y voit de l'union, ce ne sont pas des citoyens qui sont unis, mais des corps morts ensevelis les uns auprs des autres.
MONTESQUIEU

