 Les lois, dans la signification la plus tendue, sont les rapports ncessaires qui drivent de la nature des choses : et, dans ce sens, tous les tres ont leurs lois (...).        
  Les tres particuliers intelligents[1] peuvent avoir des lois qu'ils ont faites ; mais ils en ont aussi qu'ils n'ont pas faites (...). Avant qu'il y et des lois faites, il y avait des rapports de justice possibles. Dire qu'il n'y a rien de juste ni d'injuste que ce qu'ordonnent ou dfendent les lois positives, c'est dire qu'avant qu'on et trac ce cercle, tous les rayons n'taient pas gaux.   Il faut donc avouer des rapports d'quit[2] antrieurs la loi positive qui les tablit : comme, par exemple, que, suppos qu'il y et des socits d'hommes, il serait juste de se conformer  leurs lois (...). 
  Mais il sen faut bien que le monde intelligent soit aussi bien gouvern que le monde physique. Car, quoique celui-ci ait aussi des lois qui, par leur nature, sont invariables, il ne les suit pas constamment comme le monde physique suit les siennes. La raison en est que les tres particuliers intelligents sont borns par leur nature, et par consquent sujets l'erreur ; et, d'un autre ct, il est de leur nature qu'ils agissent par eux-mmes.
MONTESQUIEU

[1] - Les tres particuliers intelligents : les hommes.
[2] - Equit : justice.


