 L'homme public, puisqu'il se mle de gouverner les autres, ne peut se plaindre d'tre jug sur ses actes dont les autres portent la peine, ni sur l'image souvent inexacte qu'ils donnent de lui. Comme Diderot le disait du comdien en scne, nous avanons que tout homme qui accepte de jouer un rle porte autour de soi un "grand fantme" dans lequel il est dsormais cach, et qu'il est responsable de son personnage mme s'il n'y reconnat pas ce qu'il voulait tre. Le politique n'est jamais aux yeux d'autrui ce qu'il est  ses propres yeux, non seulement parce que les autres le jugent tmrairement, mais encore parce qu'ils ne sont pas lui, et que ce qui est en lui erreur ou ngligence peut tre pour eux mal absolu, servitude ou mort. Acceptant, avec un rle politique, une chance de gloire, il accepte aussi un risque d'infamie, l'une et l'autre immrites . L'action politique est de soi impure parce qu'elle est action de l'un sur l'autre et parce qu'elle est action  plusieurs. Un opposant pense utiliser les koulaks ; un chef pense utiliser pour sauver son oeuvre l'ambition de ceux qui l'entourent. Si les forces qu'ils librent les emportent, les voil, devant l'histoire, l'homme des koulaks et l'homme d'une clique. Aucun politique ne peut se flatter d'tre innocent. Gouverner, comme on dit, c'est prvoir, et le politique ne peut s'excuser sur l'imprvu. Or, il y a de l'imprvisible. Voil la tragdie. 
MERLEAU-PONTY

