 S'il n'est pas possible de comprendre parfaitement les ressorts de notre machine, il n'est pas aussi[1] absolument ncessaire de les comprendre ; mais il est absolument ncessaire pour se conduire de bien savoir les effets que ces ressorts sont capables de produire en nous. Il n'est pas ncessaire de savoir comment une montre est faite pour s'en servir ; mais si l'on veut s'en servir pour rgler son temps, il est du moins ncessaire de savoir qu'elle marque les heures. Cependant il y a des gens si peu capables de rflexion, qu'on pourrait presque les comparer  des machines purement inanimes. Ils ne sentent point en eux-mmes les ressorts qui se dbandent la vue des objets ; souvent ils sont agits, sans qu'ils s'aperoivent de leurs propres mouvements ; ils sont esclaves, sans qu'ils sentent leurs liens. Ils sont enfin conduits en mille manires diffrentes, sans qu'ils reconnaissent la main de celui qui les gouverne. Ils pensent tre les seuls auteurs de tous les mouvements qui leur arrivent, et ne distinguant point ce qui se passe en eux-mmes en consquence d'un acte libre de leur volont, d'avec ce qui s'y produit par l'impression des corps qui les environnent, ils pensent qu'ils se conduisent eux-mmes dans le temps qu'ils sont conduits par quelque autre.
MALEBRANCHE

[1] - Nous dirions aujourdhui  non plus .


