   Les erreurs o l'on tombe... dans toutes les sciences auxquelles on applique la gomtrie, ne viennent point de la gomtrie, qui est une science incontestable, mais de la fausse application qu'on en fait. On suppose par exemple que les plantes dcrivent par leur mouvement des cercles et des ellipses parfaitement rgulires; ce qui n'est point vrai. On fait bien de le supposer, afin de raisonner, et aussi parce qu'il s'en faut peu que cela ne soit vrai, mais on doit toujours se souvenir que le principe sur lequel on raisonne est une supposition. De mme, dans les mcaniques on suppose que les roues et les leviers sont parfaitement durs et semblables  des lignes et  des cercles mathmatiques, sans pesanteur, et sans frottement; ou plutt on ne considre pas assez leur pesanteur, leur matire ni le rapport que ces choses ont entre elles : que la duret ou la grandeur augmente la pesanteur, que la pesanteur augmente le frottement, que le frottement diminue la force, qu'elle rompt ou use en peu de temps la machine, et qu'ainsi ce qui russit presque toujours en petit ne russit presque jamais en grand.
MALEBRANCHE


