 Je vois, par exemple, que deux fois deux font quatre, et qu'il faut prfrer son ami  son chien ; et je suis certain qu'il n'y a point d'homme au monde qui ne le puisse voir aussi bien que moi. Or je ne vois point ces vrits dans l'esprit des autres, comme les autres ne les voient point dans le mien. Il est donc ncessaire qu'il y ait une Raison universelle qui m'claire, et tout ce qu'il y a d'intelligences. Car si la raison que je consulte, n'tait pas la mme qui rpond aux Chinois, il est vident que je ne pourrais pas tre aussi assur que je le suis, que les Chinois voient les mmes vrits que je vois. Ainsi la raison que nous consultons quand nous rentrons dans nous-mmes, est une raison universelle. Je dis : quand nous rentrons dans nous-mmes, car je ne parle pas ici de la raison que suit un homme passionn. Lorsqu'un homme prfre la vie de son cheval  celle de son cocher, il a ses raisons, mais ce sont des raisons particulires dont tout homme raisonnable a horreur. Ce sont des raisons qui dans le fond ne sont pas raisonnables, parce qu'elles ne sont pas conformes  la souveraine raison, ou  la raison universelle que tous les hommes consultent.
MALEBRANCHE


