Il est assez difficile de comprendre comment il se peut faire que des gens qui ont de l'esprit, aiment mieux se servir de l'esprit des autres dans la recherche de la vrit, que de celui que Dieu leur a donn. Il y a sans doute infiniment plus de plaisir et plus d'honneur se conduire par ses propres yeux que par ceux des autres ; et un homme qui a de bons yeux ne s'avisa jamais de se les fermer, ou de se les arracher, dans l'espoir d'avoir un conducteur. (...) Pourquoi le fou marche-t-il dans les tnbres ? C'est qu'il ne voit que par les yeux d'autrui, et que ne voir que de cette manire, proprement parler, c'est ne rien voir. L'usage de l'esprit est  celui des yeux ce que l'esprit est aux yeux ; et de mme que l'esprit est infiniment au-dessus des yeux, l'usage de l'esprit est accompagn de satisfactions bien plus solides, et qui le contentent bien autrement, que la lumire et les couleurs ne contentent la vue. Les hommes toutefois se servent toujours de leurs yeux pour se conduire, et ils ne se servent jamais de leur esprit pour dcouvrir la vrit.
MALEBRANCHE


