De toutes les passions, celles dont les jugements sont les plus loigns de la raison et les plus  craindre, sont toutes les espces d'aversions ; il n'y a point de passions qui corrompent davantage la raison en leur faveur, que la haine et que la crainte ; la haine dans les bilieux principalement ou dans ceux dont les esprits sont dans une agitation continuelle, et la crainte dans les mlancoliques ou dans ceux dont les esprits grossiers et solides ne s'agitent et ne s'apaisent pas avec facilit. Mais lorsque la haine et la crainte conspirent ensemble  corrompre la raison, ce qui est fort ordinaire alors il n'y a point de jugements si injustes et si bizarres qu'on ne soit capable de former et de soutenir avec une opinitret insurmontable.       
  La raison de ceci est que les maux de cette vie touchent p us vivement l'me que les biens. Le sentiment de douleur est plus vif que le sentiment du plaisir. Les injures et les opprobres sont beaucoup plus sensibles que les louanges et les applaudissements ; et si l'on trouve des gens assez indiffrents pour goter de certains plaisirs et pour recevoir de certains honneurs, il est difficile d'en trouver qui souffrent la douleur et le mpris sans inquitude.[1].
MALEBRANCHE

[1] - De la recherche de la vrit Livre V, ch. XII.