Qu'un fondateur de rpublique, comme Romulus, mit  mort son frre, qu'il consente ensuite au meurtre de Titus Tatius, associ par lui  la royaut ; ces deux traits, aux yeux de bien des gens, passeront pour tre d'un mauvais exemple : il semblerait convenu que les citoyens peuvent,  en juger d'aprs la conduite de leur prince, par ambition ou dsir de commander, se dfaire de leurs rivaux Cette opinion serait fonde si l'on ne considrait la fin que se proposait Romulus par cet homicide.   
  Il faut tablir comme rgle gnrale que jamais, ou bien rarement du moins, on na vu une rpublique ni une monarchie tre bien constitues ds l'origine, ou totalement rformes depuis, si ce n'est par un seul individu ; il lui est mme ncessaire que celui qui a conu le plan fournisse lui seul les moyens d'excution.           
  Ainsi, un habile lgislateur qui entend servir l'intrt commun et celui de la patrie plutt que le sien propre et celui de ses hritiers, doit employer toute son industrie pour attirer soi tout le pouvoir. Un esprit sage ne condamnera jamais quelqu'un pour avoir us d'un moyen hors des rgles ordinaires pour rgler une monarchie ou fonder une rpublique. Ce qui est dsirer, c'est que si le fait l'accuse, le rsultat l'excuse ; si le rsultat est bon, il est acquitt ; tel est le cas de Romulus. Ce n'est pas la violence qui restaure, mais la violence qui ruine qu'il faut condamner.
MACHIAVEL

