 Les hommes se trompent quand ils dcident lequel vaut le mieux du prsent ou du pass, attendu qu'ils n'ont pas une connaissance aussi parfaite de l'un que de l'autre ; le jugement que portent des vieillards sur ce qu'ils ont vu dans leur jeunesse, et qu'ils ont bien observ, bien connu, semblerait n'tre pas galement sujet  erreur. Cette remarque serait juste si les hommes  toutes les poques de leur vie conservaient la mme force de jugement et les mmes apptits, mais ils changent ; et quoique les temps ne changent pas rellement, ils ne peuvent paratre les mmes  des hommes qui ont d'autres apptits d'autres plaisirs et une autre manire de voir. Nous perdons beaucoup de nos forces physiques en vieillissant ; et nous gagnons en jugement et en prudence ; ce qui nous paraissait supportable ou bon dans notre jeunesse, nous parat mauvais et insupportable : nous devrions n'accuser de ce changement que notre jugement - nous en accusons les temps. D'ailleurs les dsirs de l'homme sont insatiables : il est dans sa nature de vouloir et de pouvoir tout dsirer, il nest pas a sa porte de vouloir et de pouvoir tout dsirer, il nest pas  sa porte de tout acqurir. Il en rsulte pour lui un mcontentement habituel et le dgot de ce qu'il possde ; c'est ce qui lui fait blmer le prsent, louer le pass, dsirer l'avenir, et tout cela sans aucun motif raisonnable.
MACHIAVEL


