Je dis que tout Prince doit grandement souhaiter d'tre estim pitoyable et non pas cruel ; nanmoins il doit bien prendre garde de n'appliquer mal cette misricorde. Csar Borgia fut estim cruel : toutefois sa cruaut a rform toute la Romagne, l'a unie et rduite  la paix et fidlit. Ce que bien considr, il Se trouvera avoir t beaucoup plus pitoyable que le peuple florentin qui, pour viter le nom de cruaut, laissa dtruire Pistoa. Le Prince, donc, ne se doit point soucier d'avoir le mauvais renom de cruaut pour tenir tous ses sujets en union et obissance ; car, faisant bien peu d'exemples, il sera plus pitoyable que ceux qui, par tre trop misricordieux, laissent se poursuivre les dsordres, desquels naissent meurtres et rapines ; car ceci nuit ordinairement  la gnralit, mais les excutions qui viennent du Prince ne nuisent qu' un particulier. (... )      
  Toutefois il ne doit pas croire ni agir  la lgre, ni se donner peur soi-mme, mais procder d'une manire modre, avec sagesse et humanit de peur que trop de confiance ne le fasse imprudent et trop de dfiance ne le rende insupportable.
MACHIAVEL


