 Lors donc qu'un homme se lamente sur lui-mme  la pense de son sort mortel qui fera pourrir son corps abandonn, ou le livrera aux flammes, ou le donnera en pture aux btes sauvages, tu peux dire que sa voix sonne faux, qu'une crainte secrte tourmente son coeur, bien qu'il affecte de ne pas croire qu'aucun sentiment puisse rsister en lui  la mort. Cet homme,  mon avis, ne tient pas ses promesses et cache ses principes; ce n'est pas de tout son tre qu'il s'arrache  la vie ;  son insu peut-tre il suppose que quelque chose de lui doit survivre. Tout vivant en effet qui se reprsente son corps dchir aprs la mort par les oiseaux de proie et les btes sauvages se prend en piti ; car il ne parvient pas  se distinguer de cet objet, le cadavre, et croyant que ce corps tendu, c'est lui-mme, il lui prte encore, debout  ses cts, la sensibilit de la vie. Alors il s'indigne d'avoir t cr mortel, il ne voit pas que dans la mort vritable il n'y aura plus d'autre lui-mme demeur vivant pour pleurer sa fin et, rest debout, gmir de voir sa dpouille devenue la proie des btes et des flammes. 
LUCRECE
