Supposons que le livre des lments de la gomtrie[1] ait exist de tout temps et que les exemplaires en aient toujours t copis l'un sur l'autre, il est vident, bien qu'on puisse expliquer l'exemplaire prsent par l'exemplaire antrieur sur lequel il a t copi, qu'on n'arrivera jamais, en remontant en arrire  autant de livres qu'on voudra,  la raison complte de l'existence de ce livre, puisqu'on pourra toujours se demander pourquoi de tels livres ont exist de tout temps, c'est--dire pourquoi il y a eu des livres, et des livres ainsi rdigs. Ce qui est vrai des livres est aussi vrai des diffrents tats du monde, dont le suivant est en quelque sorte copi sur le prcdent, bien que selon certaines lois de changement. Aussi loin qu'on remonte en arrire  des tats antrieurs, on ne trouvera jamais dans ces tats la raison complte, pour laquelle il existe un monde, et qui est tel.          
  On a donc beau se figurer le monde comme ternel : puisqu'on ne suppose cependant rien que des tats successifs qu'on ne trouvera dans aucun de ces tats sa raison suffisante, et qu'on ne se rapproche nullement de l'explication en multipliant  volont le nombre de ces tats, il est vident que la raison doit tre cherche ailleurs.
LEIBNIZ

[1] - Allusion aux Elments d'Euclide.



