Les hommes presque de tout temps ont t troubls par un sophisme que les anciens appelaient la raison paresseuse, parce qu'il allait  ne rien faire ou du moins  n'avoir soin de rien, et ne suivre que le penchant des plaisirs prsents. Car, disait-on, si l'avenir est ncessaire, ce qui doit arriver arrivera quoi que je puisse faire. Or l'avenir, disait-on, est ncessaire, soit parce que la divinit prvoit tout, et le prtablit mme, en gouvernant toutes les choses de l'univers ; soit parce que tout arrive ncessairement par l'enchanement des causes ; soit enfin par la nature mme de la vrit qui est dtermine dans les nonciations qu'on peut former sur les vnements futurs, comme elle l'est dans toutes les autres nonciations, puisque l'nonciation doit toujours tre vraie ou fausse en elle-mme, quoique nous ne connaissions pas toujours ce qui en est. Et toutes ces raisons de dtermination qui paraissent diffrentes, concourent enfin comme des lignes  un mme centre : car il y a une vrit dans l'vnement futur, qui est prdtermin par les causes, et Dieu l'a prtabli en tablissant ces causes.
LEIBNIZ
