  Cette esprance en des temps meilleurs, sans laquelle un dsir srieux de faire quelque chose d'utile au bien gnral n'aurait jamais chauff le coeur humain, a eu de tout temps une influence sur l'activit des esprits droits. (...) Au triste spectacle, non pas tant du mal que les causes naturelles infligent au genre humain, que de celui plutt que les hommes se font eux-mmes mutuellement, l'esprit se trouve pourtant rassrn par la perspective d'un avenir qui pourrait tre meilleur; et cela  vrai dire avec une bienveillance dsintresse, puisqu'il y a beau temps que nous serons au tombeau, et que nous ne rcolterons pas les fruits que pour une part nous aurons nous-mmes sems.   
  Les raisons empiriques[1] invoques  l'encontre du succs de ces rsolutions inspires par l'espoir sont ici inoprantes. Car prtendre que ce qui n'a pas encore russi jusqu' prsent ne russira jamais, voil qui n'autorise mme pas  renoncer  un dessein d'ordre pragmatique[2] ou technique (par exemple le voyage arien en arostats), encore bien moins  un dessein d'ordre moral, qui devient un devoir ds lors que l'impossibilit de sa ralisation n'est pas dmontre. Au surplus (...) le bruit qu'on fait  propos de la dgnrescence irrsistiblement croissante de notre poque provient prcisment de ce que (...) notre jugement sur ce qu'on est, en comparaison de ce qu'on devrait tre, et par consquent le blme que nous nous adressons  nous-mmes, deviennent d'autant plus svres que notre degr de moralit s'est lev.
KANT

[1] - Tires de l'exprience sensible.
[2] - Relatif  la recherche du bonheur.
