Mais qu'en est-il de la satisfaction (acquiescentia) pendant la vie ? - Elle n'est pas accessible  l'homme : ni dans un sens moral (tre satisfait de soi-mme pour sa bonne volont) ni dans un sens pragmatique (tre satisfait du bien-tre qu'on pense pouvoir se procurer par l'habilet et l'intelligence). La nature a plac en l'homme, comme stimulant de l'activit, la douleur  laquelle il ne peut se soustraire afin que le progrs s'accomplisse toujours vers le mieux ; et mme  l'instant suprme, on ne peut se dire satisfait de la dernire partie de sa vie que d'une manire relative (en partie par comparaison avec le lot des autres, en partie par comparaison avec nous-mmes) ; mais on ne l'est jamais purement ni absolument. Dans la vie, tre satisfait (absolument), ce serait, hors de toute activit, le repos et l'inertie des mobiles ou l'engourdissement des sensations et de l'activit qui leur est lie. Un tel tat est tout aussi incompatible avec la vie intellectuelle de l'homme que l'immobilit du coeur dans un organisme animal, immobilit  laquelle, si ne survient aucune nouvelle excitation (par la douleur), la mort fait suite invitablement.
KANT
