Les hommes, si l'on met de ct l'ducation qu'ils reoivent, sont  peu prs tous gaux, tant pour la force du corps que pour les facults de l'esprit : pour peu que l'on rflchisse, il faudra ncessairement convenir qu'il n'y a que leur libre consentement qui ait pu d'abord les rassembler en socit, et les assujettir  un pouvoir quelconque. Si nous cherchons la premire origine du gouvernement dans les forts et dans les dserts, nous verrons que toute autorit et toute juridiction vient du peuple ; nous verrons que c'est lui qui pour l'amour de l'ordre et de la paix a volontairement renonc  sa libert naturelle, et a reu des lois de ses gaux et de ses compagnons. Les conditions auxquelles il s'est soumis, ont t ou expressment dclares, ou si clairement sous-entendues, qu'il et t superflu de les exprimer. Si c'est l ce qu'on entend par contrat primitif, il est incontestable que dans son origine le gouvernement a t fond sur un pareil contrat, et que c'est ce principe qui a port les hommes des premiers temps  s'attrouper, et  former entre eux des socits encore grossires, et qui se ressentaient de la barbarie. Il serait inutile de nous renvoyer aux monuments de l'histoire, pour y chercher les patentes[1] de notre libert : elles n'ont point t crites sur du parchemin, ni mme sur des feuilles ou des corces d'arbres ; elles sont antrieures en date aux inventions de l'criture, des arts et de la politesse; mais nous les dcouvrons clairement dans la nature de l'homme, et dans cette galit qui subsiste entre tous les individus de notre espce.
HUME

[1] - Diplmes ou textes officiels qui garantiraient notre libert.

