 De tous les tres anims qui peuplent le globe, il n'y en a pas contre qui, semble-t-il  premire vue, la nature se soit exerce avec plus de cruaut que contre l'homme, par la quantit infinie de besoins et de ncessits dont elle l'a cras et par la faiblesse des moyens qu'elle lui accorde pour subvenir  ces ncessits.           
  C'est par la socit seule qu'il est capable de suppler  ses dficiences, de s'lever  l'galit avec ses compagnons de cration et mme d'acqurir sur eux la supriorit. La socit compense toutes ses infirmits; bien que, dans ce nouvel tat, ses besoins se multiplient  tout moment, ses capacits sont pourtant encore augmentes et le laissent,  tous gards, p us satisfait et plus heureux qu'il lui serait jamais possible de le devenir dans son tat de sauvagerie et de solitude. Quand chaque individu travaille isolment et seulement pour lui-mme, ses forces sont trop faibles pour excuter une oeuvre importante ; comme il emploie son labeur  subvenir  toutes ses diffrentes ncessits, il n'atteint jamais  la perfection dans aucun art particulier ; comme ses forces et ses succs ne demeurent pas toujours gaux  eux-mmes, le moindre chec sur l'un ou l'autre de ces points s'accompagne ncessairement d'une catastrophe invitable et de malheur. La socit fournit un remde  ces trois dsavantages. L'union des forces accrot notre pouvoir; la division des tches accrot notre capacit; l'aide mutuelle fait que nous sommes moins exposs au sort et aux accidents. C'est ce supplment de force, de capacit et de scurit qui fait l'avantage de la socit .
HUME
