 Il peut sembler trange,  celui qui n'a pas bien pes ces choses[1] , que la nature puisse ainsi dissocier les hommes et les rendre enclins  s'attaquer et  se dtruire les uns les autres : c'est pourquoi peut-tre, incrdule  l'gard de cette infrence tire des passions, cet homme dsirera la voir confirme par l'exprience. Aussi, faisant un retour sur lui-mme, alors que partant en voyage, il s'arme et cherche  tre bien accompagn, qu'allant se coucher, il verrouille ses portes, que, dans sa maison mme, il ferme ses coffres  clef; et tout cela sachant qu'il existe des lois, et des fonctionnaires publics arms, pour venger tous les torts qui peuvent lui tre faits : qu'il se demande quelle opinion il a de ses compatriotes, quand il voyage arm ; de  ses concitoyens, quand il verrouille ses portes de ses enfants et de ses domestiques, quand il ferme ses coffres  clef. N'incrimine-t-il pas l'humanit par ses actes autant que je le fais par mes paroles ? Mais ni lui ni moi n'incriminons la nature humaine en cela. Les dsirs et les autres passions de l'homme ne sont pas en eux-mmes des pchs. Pas davantage ne le sont les actions qui procdent de ces passions, tant que les hommes ne connaissent pas de loi qui les interdise; et ils ne peuvent pas connatre de lois tant qu'il n'en a pas t fait ; or, aucune loi ne peut tre faite tant que les hommes ne se sont pas entendus sur la personne qui doit la faire. 
HOBBES

[1] - Hobbes vient de dcrire l'tat de nature comme une guerre de tous contre tous.


