 Ces grands hommes semblent obir uniquement  leur passion,  leur caprice. Mais ce qu'ils veulent est l'universel. (... ) C'est la psychologie des matres d'cole qui spare ces deux aspects. Ayant rduit la passion  une manie, elle rend suspecte la morale de ces hommes; ensuite, elle tient les consquences de leurs actes pour leurs vrais motifs et leurs actes mmes pour des moyens au service de ces buts : leurs actions s'expliquent par la manie des grandeurs ou la manie des conqutes. Ainsi par exemple l'aspiration d'Alexandre est rduite  la manie de conqute, donc  quelque chose de subjectif qui n'est pas le Bien. Cette rflexion dite psychologique explique par le fond du coeur toutes les actions et leur donne une forme subjective. De ce point de vue, les protagonistes de l'histoire auraient tout fait, pousss par une passion grande ou petite ou par une manie, et ne mritent donc pas d'tre considrs comme des hommes moraux. Alexandre de Macdoine a conquis une partie de la Grce, puis l'Asie; il a donc t un obsd de conqutes. Il a agi par manie de conqutes, par manie de gloire, et la preuve en est qu'il s'est couvert de gloire. Quel matre d'cole n'a pas dmontr d'avance qu'Alexandre le Grand, Jules Csar et les hommes de la mme espce ont tous t pousss par de telles passions et que, par consquent, ils ont t des hommes immoraux? D'o il suit aussitt que lui, le matre d'cole, vaut mieux que ces gens-l, car il n'a pas de ces passions et en donne comme preuve qu'il n'a pas conquis l'Asie, ni vaincu Darius et Porus, mais qu'il est un homme qui vit bien et a laiss galement les autres vivre.  
HEGEL


