 Il y a encore une vrit dont la connaissance me semble fort utile : qui est que, bien que chacun de nous soit une personne spare des autres, et dont, par consquent, les intrts sont en quelque faon distincts de ceux du reste du monde, on doit toutefois penser qu'on ne saurait subsister seul, et qu'on est, en effet, l'une des parties de l'univers, et plus particulirement encore l'une des parties de cette terre, l'une des parties de cet Etat, de cette socit, de cette famille,  laquelle on est joint par sa demeure, par son serment, par sa naissance. Et il faut toujours prfrer les intrts du tout, dont on est partie,  ceux de sa personne en particulier ; toutefois avec mesure et discrtion, car on aurait tort de s'exposer  un grand mal, pour procurer seulement un petit bien  ses parents ou son pays ; et si un homme vaut plus, lui seul, que tout le reste de sa ville, il n'aurait pas raison de se vouloir perdre pour la sauver.
DESCARTES

