(...) Quand on considre les biens et les maux qui peuvent tre en une mme chose, pour savoir l'estime qu'on en doit faire, comme j'ai fait lorsque j'ai parl de l'estime que nous devions faire de cette vie, on prend le bien pour tout ce qui s'y trouve dont on peut avoir quelque commodit, et on ne nomme mal que ce dont on peut recevoir de l'incommodit ; car pour les autres dfauts qui peuvent y tre, on ne les compte point. Ainsi, lorsqu'on offre un emploi  quelqu'un, il considre d'un ct l'honneur et le profit qu'il en peut attendre, comme des biens, et de l'autre la peine, le pril, la perte du temps, et autres telles choses, comme des maux ; et comparant ces maux avec ces biens, selon qu'il trouve ceux-ci plus ou moins grands que ceux-l, il l'accepte ou le refuse. Or ce qui m'a fait dire en ce dernier sens, qu'il y a toujours plus de biens que de maux en cette vie, c'est le peu d'tat que je crois que nous devons faire de toutes les choses qui sont hors de nous, et qui ne dpendent point de notre libre arbitre,  comparaison de celles qui en dpendent, lesquelles nous pouvons toujours rendre bonnes, lorsque nous en savons bien user ; et nous pouvons empcher, par leur moyen, que tous les maux qui viennent d'ailleurs, tant grands qu'ils puissent tre, n'entrent plus avant en notre me que la tristesse qu'y excitent les comdiens, quand ils reprsentent devant nous quelques actions fort funestes ; mais j'avoue qu'il faut tre fort philosophe, pour arriver jusqu' ce point.
DESCARTES


