 On a bien des moyens pour examiner une balance avant que de s'en servir, mais on n'en aurait point pour apprendre ce que c'est que la vrit, si on ne la connaissait de nature. Car quelle raison aurions-nous de consentir  ce qui nous l'apprendrait, si nous ne savions qu'il ft vrai c'est--dire, si nous ne connaissions la vrit ? Ainsi on peut bien expliquer quid nominis[1]  ceux qui n'entendent pas la langue, et leur dire que ce mot vrit, en sa propre signification, dnote la conformit de la pense avec l'objet, mais que, lorsqu'on l'attribue aux choses qui sont hors de la pense, il signifie seulement que ces choses peuvent servir d'objets  des penses vritables (...); mais on ne peut donner aucune dfinition de logique qui aide  connatre sa nature. Et je crois le mme de plusieurs autres choses, qui sont fort simples et se connaissent naturellement, comme sont la figure, la grandeur, le mouvement, le lieu, le temps, etc., en sorte que, lorsqu'on veut dfinir ces choses, on les obscurcit et on s'embarrasse.
DESCARTES

[1] - Quid nominis : quel est le mot.


