(...) Il me semble que la diffrence qui est entre les plus grandes mes et celles qui sont basses et vulgaires, consiste principalement, en ce que les mes vulgaires se laissent aller  leurs passions, et ne sont heureuses ou malheureuses que selon que les choses qui leur surviennent sont agrables ou dplaisantes; au lieu que les autres ont des raisonnements si forts et si puissants que, bien qu'elles aient aussi des passions, et mme souvent de plus violentes que celles du commun, leur raison demeure nanmoins toujours la matresse, et fait que les affections mmes leur servent, et contribuent  la parfaite flicit dont elles jouissent ds cette vie. (...) Ainsi, ressentant de la douleur en leur corps, elles s'exercent  la supporter patiemment, et cette preuve qu'elles font de leur force, leur est agrable, ainsi voyant leurs amis en quelque grande affliction, elles compatissent  leur mal, et font tout leur possible pour les en dlivrer, et ne craignent pas mme de s'exposer  la mort pour ce sujet, s'il en est besoin. Mais, cependant, le tmoignage que leur donne leur conscience, de ce qu'elles s'acquittent en cela de leur devoir, et font une action louable et vertueuse, les rend plus heureuses, que toute la tristesse, que leur donne la compassion, ne les afflige. Et enfin, comme les plus grandes prosprits de la fortune ne les enivrent jamais, et ne les rendent point plus insolentes, aussi les plus grandes adversits ne les peuvent abattre ni rendre si tristes, que le corps, auquel elles sont jointes, en devienne malade. 
    Lettre  Elisabeth, 18 mai 1645
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