Les personnages appels  figurer sur la scne de l'histoire (l'histoire comme on l'entend d'ordinaire et comme on doit le plus souvent l'entendre), monarques, tribuns, lgislateurs, guerriers, diplomates, ont bien le rle actif, interviennent bien  titre de causes efficientes dans la dtermination de chaque vnement pris  part. Ils gagnent ou perdent les batailles, ils fomentent ou rpriment les rvoltes, ils rdigent les lois et les traits, ils fabriquent et votent les constitutions. Et comme ils arrivent eux-mmes sur la scne  la suite des combinaisons de la politique, il semble d'abord que la politique engendre et mne tout le reste. Cependant, l'histoire politique est de toutes les parties de l'histoire celle o il entre visiblement le plus de fortuit, d'accidentel, et d'imprvu : de sorte que pour le philosophe "qui mprise le fait", qui ne se soucie gure de l'accidentel et du fortuit, si brillant que soit le mtore, si retentissante que soit l'explosion, l'histoire tout entire courrait risque d'tre frappe du mme ddain que les caprices de la politique, s'il n'y avait plus d'apparence que de ralit dans cette conduite de l'histoire par la politique, comme par une roue matresse, et s'il ne fallait distinguer entre le caprice humain, cause des vnements, et la raison des vnements qui finit par prvaloir sur les caprices de la fortune et des hommes. 
COURNOT


