Quoique la liaison des sciences aux arts[1] ait t longtemps d'une importance capitale pour le dveloppement des premires, et qu'elle continue ragir encore trs utilement sur leur progrs journalier, il est nanmoins incontestable que, d'aprs le mode irrationnel suivant lequel cette relation est presque toujours organise jusqu'ici, elle tend, d'un autre ct,  ralentir la marche des connaissances spculatives une fois parvenues  un certain degr d'extension, en assujettissant la thorie  une trop intime connexion avec la pratique. Quelque limite que soit, en ralit, notre force de spculation, elle a cependant, par sa nature, beaucoup plus de porte que notre capacit d'action, en sorte qu'il serait radicalement absurde de vouloir astreindre la premire, d'une manire continue,  rgler son essor sur celui de la seconde, qui doit au contraire s'efforcer de la suivre autant que possible. Les domaines rationnels de la science et de art sont, en gnral, parfaitement distincts, quoique philosophiquement lis :  l'une il appartient de connatre, et par suite de prvoir ;  l'autre, de pouvoir, et par suite d'agir.
COMTE

[1] - Lattention du candidat est attire sur le fait que le mot arts nest jamais entendu au sens de beaux-arts mais au sens de techniques.


