  Le philosophe tudie le plus souvent une chose que le sens commun a dj dsigne par un mot. Cette chose peut n'avoir t qu'entrevue ; elle peut avoir t mal vue ; elle peut avoir t jete ple-mle avec d'autres dont il faudra l'isoler. Elle peut mme n'avoir t dcoupe dans l'ensemble de la ralit que pour la commodit du discours et ne pas constituer effectivement une chose, se prtant  une tude indpendante. L est la grande infriorit de la philosophie par rapport aux mathmatiques et mme aux sciences de la nature. Elle doit partir de la dsarticulation du rel qui a t opre par le langage, et qui est peut-tre toute relative aux besoins de la cit : trop souvent elle oublie cette origine, et procde comme ferait le gographe qui, pour dlimiter les diverses rgions du globe et marquer les relations physiques qu'elles ont entre elles, s'en rapporterait aux frontires tablies par les traits.
BERGSON
