L'oeuvre gniale est le plus souvent sortie d'une motion unique en son genre, qu'on et crue inexprimable, et qui a voulu s'exprimer. Mais n'en est-il pas ainsi de toute oeuvre, si imparfaite soit-elle, o entre une part de cration ? Quiconque s'exerce  la composition littraire a pu constater la diffrence entre l'intelligence laisse  elle-mme et celle que consume de son feu l'motion originale et unique, ne d'une concidence entre l'auteur et son sujet, c'est--dire d'une intuition. Dans le premier cas l'esprit travaille  froid, combinant entre elles des ides, depuis longtemps coules en mots, que la socit lui livre  l'tat solide. Dans le second, il semble que les matriaux fournis par l'intelligence entrent pralablement en fusion et qu'ils se solidifient ensuite  nouveau en ides cette fois informes par l'esprit lui-mme : si ces ides trouvent des mots prexistant pour les exprimer, cela fait pour chacune l'effet d'une bonne fortune inespre; et,  vrai dire, il a souvent fallu aider la chance, et forcer le sens du mot pour qu'il se modelt sur la pense. L'effort est cette fois douloureux, et le rsultat alatoire. Mais c'est alors seulement que l'esprit se sent ou se croit crateur. 
BERGSON


