 On ne se lasse pas de rpter que l'homme est bien peu de chose sur la terre, et la terre dans l'univers. Pourtant, mme par son corps, l'homme est loin de n'occuper que la place minime qu'on lui octroie d'ordinaire, et dont se contentait Pascal lui-mme quand il rduisait le corps  n'tre, matriellement, qu'un roseau. Car si notre corps est la matire  laquelle notre conscience s'applique, il est coextensif  notre conscience, il comprend tout ce que nous percevons, il va jusqu'aux toiles. Mais ce corps immense change  tout instant, et parfois radicalement, pour le plus lger dplacement d'une partie de lui-mme qui en occupe le centre et qui tient dans un espace minime. Ce corps intrieur et central, relativement invariable, est toujours prsent. Il n'est pas seulement prsent, il est agissant : c'est par lui, et par lui seulement, que nous pouvons mouvoir d'autres parties du grand corps. Et comme l'action est ce qui compte, comme il est entendu que nous sommes l o nous agissons, on a coutume d'enfermer la conscience dans le corps minime, de ngliger le corps immense... Mais la vrit est tout autre, et nous sommes rellement dans tout ce que nous percevons.[1]
BERGSON

[1] - La lecture du Discours de mtaphysique de Leibniz fera comprendre linspiration de Bergson ici
