  On dit couramment que l'individu a droit  toute libert qui ne lse pas la libert d'autrui. Mais l'octroi d'une libert nouvelle, qui aurait pour consquence un empitement de toutes les liberts les unes sur les autres dans la socit actuelle, pourrait produire l'effet contraire dans une socit dont cette rforme aurait modifi les sentiments et les moeurs. De sorte qu'il est souvent impossible de dire a priori quelle est la dose de libert de ses semblables; quand la quantit change, ce n'est plus la mme qualit. D'autre part, l'galit ne s'obtient gure qu'aux dpens de la libert, de sorte qu'il faudrait commencer par se demander quelle est celle des deux qui est prfrable  l'autre. Mais cette question ne comporte aucune rponse gnrale; car le sacrifice de telle ou telle libert, s'il est librement consenti par l'ensemble des citoyens, est encore de la libert; et surtout la libert qui reste pourra tre d'une qualit suprieure si la rforme accomplie dans le sens de l'galit a donn une socit o l'on respire mieux, o l'on prouve plus de joie  agir. 
BERGSON

