Il est absurde de supposer que l'homme qui commet des actes d'injustice ou d'intemprance ne souhaite pas tre injuste ou intemprant ; et si, sans avoir l'ignorance pour excuse, on accomplit des actions qui auront pour consquence de nous rendre injuste, c'est volontairement qu'on sera injuste. Il ne s'ensuit pas cependant qu'un simple souhait suffira pour cesser d'tre injuste et pour tre juste, pas plus que ce n'est ainsi que le malade peut recouvrer la sant, quoiqu'il puisse arriver qu'il soit malade volontairement en menant une vie intemprante et en dsobissant  ses mdecins : c'est au dbut qu'il lui tait alors possible de ne pas tre malade, mais une fois qu'il s'est laiss aller, cela ne lui est plus possible, de mme que si vous avez lch une pierre vous n'tes plus capable de la rattraper, mais pourtant il dpendait de vous de la jeter et de la lancer, car le principe de votre acte tait en vous. Ainsi en est-il pour l'homme injuste ou intemprant : au dbut il leur tait possible de ne pas devenir tels, et c'est ce qui fait qu'ils le sont volontairement ; et maintenant qu'ils le sont devenus, il ne leur est plus possible de ne pas l'tre.
ARISTOTE


