 Les uns identifient le bien au plaisir; d'autres, au contraire, l'assurent foncirement mauvais; les uns, sans doute par conviction intime, les autres,  la pense qu'il vaut mieux, vu les consquences pour notre vie, le rejeter, vaille que vaille, au nombre des vices : la foule n'est dj que trop porte  s'asservir aux plaisirs, mieux vaut donc sengager sur la voie oppose : puisse-t-elle ainsi atteindre un juste milieu.     
  Mais c'est bien mal raisonner.    
  Car en matire d'affections et d'actions les paroles ont moins de force persuasive que les actes, et lorsqu'elles sont en dsaccord avec les donnes de la sensation, on les rejette, et, avec elles, la part de vrit qu'elles contiennent. Qu'un jour on surprenne le censeur des plaisirs  en rechercher un, on en conclura que tout plaisir mrite d'tre poursuivi, car il est des distinctions que n'opre pas la foule. Il est donc prfrable de toujours dire la vrit, en morale comme en science; seules les paroles vridiques ont force oratoire; conformes au rel, elles peuvent inciter ceux qui les entendent  y conformer leur vie.
ARISTOTE

