L'homme qui vit selon ses passions ne peut gure couter ni comprendre les raisonnements qui cherchent  l'en dtourner. Comment serait-il possible de changer les dispositions d'un homme de cette sorte : Somme toute, le sentiment ne cde pas, semble-t-il,  la raison, mais  la contrainte. Il faut donc disposer d'abord d'un caractre propre en quelque sorte  la vertu, aimant ce qui est beau, hassant ce qui est honteux; aussi est-il difficile de recevoir, ds la jeunesse, une saine ducation incitant  la vertu, si l'on n'a pas t nourri sous de telles lois, car la foule, et principalement les jeunes gens, ne trouvent aucun agrment  vivre avec temprance et fermet. Aussi les lois doivent-elles fixer les rgles de l'ducation et les occupations, qui seront plus facilement supportes en devenant habituelles. A coup sr, il ne suffit pas que, pendant leur jeunesse, on dispense aux citoyens une ducation et des soins convenables; il faut aussi que, parvenus  l'ge d'homme, ils pratiquent ce qu'on leur a enseign et en tirent de bonnes habitudes. Tant  ce point de vue que pour la vie entire en gnral, nous avons besoin de lois. La foule en effet obit  la ncessit plus qu' la raison et aux chtiments plus qu' l'honneur. 
ARISTOTE
