Voici une pierre assez lourde, et qui tombera si je la laisse; la cause qui fait qu'elle tombera, et qui fait aussi qu'elle presse et pousse contre ma main, c'est bien son poids, comme on dit, et ce poids est en elle. Mais pourtant non, pas plus que la valeur n'est dans l'or, autre ftiche, ou l'amertume dans l'alos. La pierre pse, cela veut dire qu'il s'exerce, entre la pierre et la terre, une force qui dpend de la distance et des deux masses : ainsi la terre pse sur ma main aussi bien que la pierre; et cette force de pesanteur n'est pas plus cache dans la terre que dans la pierre, mais est entre deux, et commune aux deux; c'est un rapport pens ou une forme, comme nous disons. Mais qui ne voit que l'imagination nous fait inventer ici quelque effort dans la pierre, qui lutte contre notre effort et se trouve seulement moins capricieux que le ntre ? Cette idoltrie est bien forte; l'imagination ne s'y arrachera jamais; le tout est de n'en tre pas dupe, et de ne point juger par cette main crispe. 
ALAIN


