 Quand j'tais petit, et avant que j'eusse vu la mer, je croyais que les barques allaient toujours o le vent les poussait. Aussi, lorsque je vis comment l'homme de barre en usait avec les lois universelles et bridait le vent, je ne pris point coutume pour raison, il fallut comprendre. Le vrai dieu m'apparut et je le nommai volont. En mme temps se montra la puissance et le vritable usage de l'intelligence subordonne. La rame, le moulin, la pioche, le levier, l'arc, la fronde, tous les outils et toutes les machines me ramenaient l, je voyais les ides  l'oeuvre, et la nature aveugle gouverne par le dompteur de chevaux. C'est pourquoi je n'attends rien de ces grandes forces, aussi bien humaines, sur lesquelles danse notre barque. Il s'agit premirement de vouloir contre les forces ; et deuximement, il faut observer comment elles poussent, et selon quelles invariables lois. Plus je les sens aveugles et sans dessein aucun, mieux je m'y appuie ; fortes, infatigables, bien plus puissantes que moi, elles ne me porteront que mieux l o je veux aller.
ALAIN
