Nous passons tous par cette exprience dcisive, qui nous apprend en mme temps la parole et la pense. Nos premires ides sont des mots compris et rpts. L'enfant est comme spar du spectacle de la nature, et ne commence jamais par s'en approcher tout seul ; on le lui montre et on le lui nomme. C'est donc travers l'ordre humain qu'il connat toute chose ; et c'est certainement de l'ordre humain qu'il prend l'ide de lui-mme, car on le nomme, et on le dsigne lui-mme, comme on lui dsigne les autres. L'opposition du moi et du non-moi appartient aux thories abstraites ; la premire opposition est certainement entre moi et les autres ; et cette opposition est corrlation ; car en l'autre je trouve mon semblable qui me pense comme je le pense. Cet change, qui se fait d'abord entre la mre et l'enfant, est transport peu  peu aux frres, aux amis, aux compagnons. Ces remarques sont pour rappeler qu'en toutes les recherches sur la nature humaine, il faut se tenir trs prs de l'existence collective, si naturelle  tout homme, et en tout cas seule possible pour l'enfant.
ALAIN

